Plus de cinquante personnes ont suivi notre dernier Midi Connexion en santé intégrative, consacré à une notion encore peu connue : le cerveau pelvien.
Nathalie Camirand, physiothérapeute et ostéopathe, fondatrice de la Clinique Camirand Muzzi et de l’Institut Camirand Muzzi, y a présenté une nouvelle perspective sur la santé pelvienne, au-delà des muscles et des organes. Voici l’essentiel de sa réflexion.
Un axe qui relie le cerveau, l’intestin et le bassin
On parle depuis plusieurs années de l’axe cerveau-intestin, popularisé notamment par l’idée d’un « second cerveau » dans le système digestif. Nathalie Camirand propose d’y ajouter le bassin : un axe cerveau-intestin-pelvis, où l’information circule dans les deux sens. Le nerf vague en est l’un des principaux acteurs, avec les systèmes nerveux, hormonal, immunitaire et le microbiote. Quand l’un de ces éléments se dérègle, l’ensemble de l’équilibre peut en être touché.
Quand le stress s’installe
Face à une menace, l’amygdale donne l’alerte, et l’hypothalamus déclenche la réponse de combat ou de fuite, avec la libération de cortisol et d’adrénaline. Le cortex préfrontal joue normalement un rôle de frein et permet de prendre du recul. Sous stress chronique, cet équilibre peut se modifier : l’amygdale devient plus réactive, tandis que le cortex préfrontal et l’hippocampe, lié à la mémoire, y répondent moins bien.
Cette réaction a aussi des effets sur les hormones : lorsque l’axe du stress est sollicité, la fonction gonadique peut diminuer, ce qui peut contribuer au syndrome prémenstruel, aux symptômes de périménopause et de ménopause, et à des difficultés de fertilité, chez la femme comme chez l’homme. Les études présentées suggèrent aussi qu’un stress important peut favoriser les douleurs pelviennes chroniques, plus fréquentes chez les femmes.
Un « cerveau » dans le bassin
Selon la conférencière, la région pelvienne remplit des fonctions comparables à celles d’un cerveau : recevoir, intégrer et émettre de l’information, avec une certaine autonomie. Elle est reliée au système nerveux central, possède ses propres neurotransmetteurs et même son propre microbiote. Des travaux récents indiquent d’ailleurs que le microbiote vaginal participe à l’ensemencement de celui de l’endomètre, un milieu longtemps considéré comme stérile, ce qui intéresse particulièrement la recherche en fertilité.
L’utérus possède aussi une activité contractile qui lui est propre, grâce à des jonctions entre ses cellules, un type de liaison que l’on retrouve seulement dans le cœur, le cerveau, la rétine et l’intestin.
Quand le corps se referme
Sous stress, beaucoup de femmes ont le réflexe de protéger cette zone : les jambes se referment, les adducteurs et le psoas se tendent, et le tonus de l’utérus peut augmenter. Le lien fonctionne aussi dans l’autre sens : des tensions, des adhérences ou une dysfonction pelvienne peuvent entretenir le stress, l’anxiété et le mauvais moral.
En clinique, Nathalie Camirand observe que, lorsqu’on libère la région pelvienne en ostéopathie, plusieurs patientes décrivent une respiration plus ample, moins de pression dans la poitrine ou la gorge, une impression de voir plus clair et d’avoir plus d’énergie. Ce sont des observations cliniques, qui illustrent à quel point le bassin est lié à l’ensemble du système nerveux.
Ce que cela change en santé intégrative
Cette approche rappelle que le corps fonctionne comme un tout : un symptôme pelvien peut avoir une origine digestive, hormonale ou liée au stress, et l’inverse est vrai. C’est pourquoi la collaboration entre professionnels est précieuse. Un symptôme qui persiste, qui est nouveau ou qui s’aggrave mérite toujours une évaluation médicale : ce contenu est éducatif et ne remplace pas un avis professionnel.
Rendez-vous au Congrès
Nathalie Camirand sera au Congrès de la santé intégrative, les 22 et 23 janvier 2027 à Saint-Hyacinthe, pour sa conférence « Santé mentale post-partum » avec la Dre Josée Théberge. Elles y aborderont notamment le diagnostic, les facteurs de risque et le dépistage, ainsi que le rôle de la thyroïde et des dysfonctions mécaniques après l’accouchement, avec une approche intégrative. Le Congrès propose aussi un atelier somatique sur le plancher pelvien le vendredi soir.



