La santé intégrative invite à regarder la santé autrement. Elle ne consiste pas simplement à additionner différentes approches ou à multiplier les professionnels autour d’une même personne. Elle propose plutôt de créer des liens entre les expertises, de mieux comprendre les besoins de chacun et, surtout, de replacer l’humain au centre des décisions qui concernent sa santé.
C’est précisément autour de cette réflexion que s’est déroulé un récent Midi Connexion en santé intégrative de Humain 360, avec Steeve Guay, infirmier, qui est venu partager son parcours, sa vision du soin et sa réflexion sur le rôle que les infirmiers peuvent jouer dans une approche plus globale de la santé.
Tout commence par la confiance
Après plusieurs années de pratique dans différents milieux de soins, Steeve Guay identifie un élément fondamental qui revient constamment dans son expérience : la confiance.
Avant même de parler de traitements, d’outils ou d’interventions, il faut pouvoir établir une relation avec la personne. Cette relation permet de mieux comprendre ce qu’elle vit, ce qu’elle souhaite et ce qui est réellement important pour elle.
Son parcours l’a notamment amené à travailler en psychiatrie, en soins à domicile, en réadaptation, dans le domaine de la dépendance et auprès de personnes en situation de précarité sociale. Ces expériences lui ont permis de constater que les besoins d’une personne ne peuvent pas toujours être compris à partir d’un seul environnement ou d’une seule spécialité.
À domicile, par exemple, le professionnel découvre une réalité beaucoup plus large : l’environnement, les habitudes, les relations, les ressources disponibles et les difficultés quotidiennes font partie intégrante de la situation de santé.
Comprendre avant d’agir
Pour illustrer cette idée, Steeve Guay utilise une métaphore particulièrement parlante : celle d’une maison.
Une infiltration d’eau peut apparaître sur un plafond, mais sa véritable cause peut se trouver ailleurs. Plusieurs spécialistes peuvent intervenir, chacun avec sa propre expertise, et chacun peut faire correctement son travail sans pour autant identifier immédiatement la source du problème.
En santé, le principe est similaire.
Un symptôme constitue parfois seulement le signe visible d’une situation beaucoup plus complexe. Une douleur, un déséquilibre ou une difficulté psychologique peut être influencé par plusieurs dimensions de la vie d’une personne.
L’approche intégrative cherche donc à aller au-delà du symptôme pour comprendre le « pourquoi ».
Cette logique est au cœur de ce que Steeve Guay appelle l’« architecture humaine » : une façon de considérer l’être humain comme un ensemble de systèmes interconnectés, où chaque dimension peut avoir une influence sur les autres.
Chaque professionnel détient une partie du puzzle
L’un des constats importants soulevés pendant la discussion est que le problème ne vient pas nécessairement d’un manque de compétence ou de bonne volonté chez les professionnels.
Au contraire, chacun travaille généralement avec sérieux dans son propre champ d’expertise.
La difficulté apparaît lorsque ces différentes expertises restent séparées.
Un professionnel connaît une partie de l’histoire. Un autre en connaît une autre. Un troisième possède une information différente. Pris individuellement, chacun peut avoir une vision pertinente. Mais si ces informations ne sont jamais réunies, il devient difficile d’obtenir une compréhension globale de la situation.
C’est pourquoi la collaboration interprofessionnelle devient essentielle dans une approche de santé intégrative.
Il ne s’agit pas de déterminer quel professionnel est le plus important, mais plutôt de comprendre comment les différentes expertises peuvent se compléter.
L’infirmier : un rôle de coordination à développer
La discussion met également en lumière le potentiel du rôle infirmier dans cette organisation.
L’infirmier possède notamment une expertise liée à l’évaluation de l’état de santé et à la planification des soins. Cette position peut lui permettre de contribuer à la coordination de différentes interventions autour d’une même personne.
Mais cette coordination ne devrait pas signifier que le professionnel devient le propriétaire du parcours de santé.
Au contraire, une idée forte ressort de la discussion : le plan devrait appartenir à la personne elle-même.
La personne accompagnée est l’experte de sa propre vie. Elle connaît ses valeurs, ses priorités, ses objectifs et ses limites. Elle doit donc pouvoir participer activement aux décisions qui concernent sa santé.
Une santé véritablement centrée sur la personne
Dans cette perspective, le dossier de santé ne devrait pas être uniquement un document qui circule entre professionnels. Il peut aussi devenir un outil permettant à la personne de mieux comprendre son propre parcours.
L’information devient alors un levier d’autonomie.
Elle permet de mieux dialoguer avec les différents intervenants, de poser de meilleures questions et de participer plus activement aux choix qui la concernent.
Cette vision rejoint l’un des principes fondamentaux de la santé intégrative : ne pas simplement traiter une personne, mais travailler avec elle.
Construire des ponts entre les approches
Pour Steeve Guay, l’avenir passe notamment par une meilleure connaissance des différentes approches de santé et par une plus grande ouverture à la complémentarité.
Une approche complémentaire ne devrait pas nécessairement être opposée à une approche conventionnelle. Les différentes pratiques peuvent avoir des rôles distincts et se compléter lorsque cela répond aux besoins de la personne.
Cela implique toutefois une communication claire entre les professionnels, notamment lorsque plusieurs interventions ou produits sont utilisés.
La confiance devient donc encore une fois essentielle : confiance entre le professionnel et la personne, mais aussi confiance entre les professionnels eux-mêmes.
Vers une nouvelle manière de penser les soins
La santé intégrative ne propose pas une réponse unique. Elle invite plutôt à changer de perspective.
Au lieu de demander uniquement : « Quel est le problème ? », il devient pertinent de se demander : « Que se passe-t-il dans l’ensemble de la vie de cette personne ? », « Quelles sont ses ressources ? », « Quels sont ses besoins ? » et « Comment les différentes expertises peuvent-elles travailler ensemble ? »
L’architecture humaine proposée par Steeve Guay constitue une image forte de cette transformation.
Comme dans une maison, chaque élément compte. Mais c’est leur cohérence et leur intégration qui permettent à l’ensemble de fonctionner.
Cette conversation rappelle ainsi que la santé intégrative n’est pas seulement une question de nouvelles pratiques. Elle repose aussi sur une nouvelle manière de collaborer, de partager l’information et d’accompagner la personne.
Et surtout, elle nous rappelle une chose essentielle : au centre de toutes ces expertises, il y a toujours une personne, avec son histoire, ses besoins, ses valeurs et son pouvoir de décision.



