Nous respirons chaque jour, à chaque instant, souvent sans même y penser. Pourtant, cette fonction automatique peut aussi devenir un véritable outil pour mieux gérer notre état intérieur.
Lors d’un Midi Connexion en Santé Intégrative, la psychiatre Josée Théberge a partagé une approche dans laquelle la respiration occupe une place centrale. Inspirée notamment de sa pratique de la psychiatrie, du yoga et du pranayama, cette approche propose de redonner une place consciente à un geste que nous faisons naturellement : respirer.
Respirer avant même de parler de respiration
Pour Josée Théberge, le travail commence par quelque chose de très simple : la posture.
Lorsque nous sommes recroquevillés sur une chaise, avec le corps fermé, la respiration peut elle aussi devenir moins ample. Avant même de travailler une technique respiratoire, elle propose donc de retrouver une posture qui laisse de l’espace au corps et aux poumons.
L’objectif est de prendre conscience du mouvement naturel de la respiration : l’inspiration, le rôle du diaphragme, l’expansion de l’abdomen et l’expiration.
Cette première étape permet de revenir au corps et de commencer à porter attention à ce qui se passe en soi.
La respiration pour retrouver son calme
Dans sa pratique auprès de personnes anxieuses ou déprimées, Josée Théberge utilise différentes techniques respiratoires.
Elle explique notamment que, lorsqu’une personne vit une forte montée d’anxiété ou une attaque de panique, son système d’alarme est activé. Dans ce contexte, la respiration peut devenir un point d’ancrage permettant de revenir progressivement vers davantage de calme.
L’un des messages importants de son intervention est cependant que ces techniques ne devraient pas être découvertes uniquement au moment où l’on en a besoin.
Comme pour toute pratique, l’entraînement compte. Prendre quelques minutes régulièrement pour respirer consciemment permet de mieux connaître la technique et de la rendre plus accessible lorsque survient un moment de stress.
Pas besoin de vingt minutes
L’une des idées particulièrement concrètes proposées durant la rencontre est de ne pas considérer la respiration comme une activité supplémentaire qui nécessiterait forcément une longue plage de temps.
Quelques instants peuvent être intégrés dans la journée : avant de manger, dans la voiture avant de démarrer, après un appel, pendant une courte pause ou simplement lorsque l’on sent que la tension monte.
Ces petits moments permettent de créer des pauses conscientes dans une journée souvent très stimulante.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de transformer complètement son emploi du temps, mais plutôt de profiter de moments déjà présents pour revenir à soi, ralentir et porter attention à sa respiration.
Une « respiration d’urgence » pour les moments de tension
Parmi les pratiques présentées, Josée Théberge décrit notamment une respiration qu’elle utilise lorsqu’elle sent que son système d’alarme s’active.
Elle propose de respirer par une seule narine pendant quelques instants, dans une démarche volontairement simple et discrète. Elle rapporte l’utiliser avec certains patients lorsqu’ils ressentent une montée de tension, y compris dans des situations quotidiennes.
L’idée centrale n’est pas de présenter une technique unique comme une solution universelle, mais plutôt d’apprendre à expérimenter différentes respirations afin d’identifier celles qui peuvent aider chacun à retrouver un état plus calme.
Respirer pour sortir du tourbillon des pensées
La respiration peut également servir à créer une pause lorsque les pensées s’accumulent.
Josée Théberge présente notamment la respiration de l’abeille, inspirée du yoga, comme une pratique qu’elle associe à ce qu’elle appelle sa « respiration anti-rumination ».
Le principe consiste à créer un environnement plus calme, en réduisant volontairement les stimulations extérieures et en portant l’attention sur la vibration produite par l’expiration.
Cette pratique est également utilisée avec certains groupes et auprès d’enfants, notamment pour les aider à retrouver leur concentration avant une activité ou un examen.
Au-delà de la technique elle-même, l’expérience proposée est celle d’une véritable pause : fermer les yeux, réduire les stimulations et revenir momentanément vers son monde intérieur.
Et si la respiration pouvait aussi redonner de l’énergie ?
Toutes les respirations présentées ne poursuivent pas le même objectif.
Certaines sont utilisées pour favoriser le calme ou l’endormissement, tandis que d’autres cherchent au contraire à stimuler et à redonner de l’énergie.
Josée Théberge présente ainsi la « Breath of Joy », ou respiration de la joie, une pratique dynamique associant plusieurs inspirations à une expiration. Elle l’utilise notamment lorsqu’elle souhaite stimuler ses patients, les remettre en mouvement ou leur redonner de l’énergie.
Cette diversité rappelle une idée essentielle de son approche : il n’existe pas nécessairement une seule façon de respirer. La respiration peut devenir un outil que l’on adapte à son état et à son intention du moment.
Et lorsque le corps porte aussi les traces du traumatisme ?
La discussion a également abordé la question des traumatismes.
Pour Josée Théberge, la respiration peut contribuer à créer un espace de calme et de sécurité. Dans son approche, elle peut être associée au mouvement afin d’aider la personne à revenir à ses sensations corporelles et à explorer ce qui se passe dans son corps.
Elle évoque notamment l’utilisation du yoga, de la respiration et du mouvement dans une approche qu’elle décrit comme somatique, avec l’objectif d’accompagner certaines personnes dans leur rapport au corps et aux émotions.
Cette perspective rejoint une vision plus globale de la santé intégrative : prendre en considération non seulement les symptômes, mais aussi l’expérience corporelle, émotionnelle et psychologique de la personne.
Une pratique simple, mais qui demande de la pratique
L’un des messages qui ressort de cette rencontre est finalement très simple : respirer est naturel, mais apprendre à utiliser sa respiration consciemment demande de la pratique.
Il ne s’agit pas de chercher une technique miracle, ni de remplacer un accompagnement professionnel lorsqu’il est nécessaire. Il s’agit plutôt de développer une nouvelle relation avec un outil que nous avons constamment à notre disposition.
Quelques respirations peuvent devenir une transition entre deux activités. Une pause peut permettre de se recentrer. Une pratique régulière peut aider à mieux reconnaître son état intérieur et à développer des stratégies personnelles pour traverser les moments de tension.
La respiration devient alors un point de rencontre entre le corps et l’esprit.
Et si, au milieu de nos journées toujours plus stimulantes, nous commencions simplement par nous arrêter quelques instants… pour respirer ?



